Aux débuts du cinéma d’animation : L’Idée de Berthold Bartosch

Minute rédigée par Frédérique Doucet

 

indexggh« Les hommes vivent et meurent pour une idée mais l’idée est immortelle »

Berthold Bartosch.

Né en 1893 en Bohème (actuelle République Tchèque), Berthold Bartosch est le dixième rejeton d’une famille modeste qui lui permet, néanmoins, d’étudier l’architecture aux Beaux-Arts de Vienne.

Dès l’abord, il va développer un goût pour le cinéma d’animation (tout juste naissant et où tout est à inventer) et forger sa conscience politique avec la volonté de « conscientiser les masses ».

De Berlin – où il collabore à des films d’animations – à Paris où il s’installe et se marie en 1929, il ne cessera de travailler et d’améliorer ses techniques.

C’est en 1932, dans un petit studio de 11m2, qu’il va réaliser le seul film qui existe encore de lui : L’Idée. Les nazis ont détruit le reste de son œuvre car Bartosch, depuis 1938, s’était ingénié à les dénigrer auprès du peuple allemand à l’aide de petits films d’animation satiriques.

Il est à la fois beau et emblématique que ce soit ce film-là, L’Idée, qui ait résisté et survécu à son créateur, comme le concept qu’il défend.

Dans ce court opus (30 minutes) d’un magnifique noir et blanc plein de contrastes, fruit d’une technologie innovante et inventée par ses soins, Bertold Bartosch nous présente un jeune homme. Celui-ci est soudain envahi par une boule lumineuse qui prend naissance dans son cerveau et peu à peu grandit, prenant les traits d’une jeune femme nue. Désormais il n’est plus seul et va chérir, protéger et partager sa nouvelle compagne.

Ainsi, tour à tour, les politiciens, les prélats, le peuple et les militaires s’emparent de l’Idée. Ils la voilent, la déguisent, la dédaignent, la vénèrent, la maltraitent ou tentent de l’anéantir. Mais elle, elle résiste, elle se défait des liens qui l’oppriment, reste vivante et projette partout son aura. On meurt pour elle, on l’instrumentalise, on la diffuse à grande échelle, on l’utilise pour éduquer les masses ou pour s’enrichir. Chacun veut se l’approprier pour le bien commun ou son profit personnel mais elle, impassible, flotte au- dessus de la mêlée représentée, dans la dernière image du film, par une sphère luminescente éclairant l’obscurité du ciel.

Berthold Bartosch, L’Idée, 1932.

 

 

 

 

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