Le pacte des loups

Minute rédigée par Frédérique Doucet

imagesL’homme est ainsi fait qu’il est rarement satisfait de son sort. Seuls les sages le sont, sans doute, et peu d’humains sont sages. Nombreux sont ceux qui, comme Thibault le sabotier – héros du roman d’Alexandre Dumas Le Meneur de loups – ne peuvent se résigner à leur condition et regardent leurs congénères, mieux lotis, avec envie.

            Cette insatisfaction et son corollaire – comment y remédier – sont l’objet de nombreux contes, pièces ou romans dans lesquels les auteurs examinent le problème et imaginent une solution, plus ou moins fantastique. Grâce à l’intervention de fées ou à un pacte avec le démon, certains vœux vont pouvoir être exaucés.

            Le diable de Dumas est un grand loup noir qui se matérialise et disparaît à volonté. Thibault le rencontre à l’occasion d’une chasse dont le supposé animal est la victime. Le sabotier voudrait que tous ses désirs se réalisent. Le loup n’a pas le pouvoir de lui accorder cette faveur. En revanche, il peut concrétiser le mal que le jeune homme souhaite à autrui. Pour sceller le pacte, il faut donner un peu de soi-même. Le loup réclame un cheveu par souhait. Cette demande semble bien dérisoire et Thibault l’accepte.

            Cependant, il n’est pas foncièrement méchant et va vite se rendre compte de la portée du pouvoir qui lui est donné. On désire tous que ceux qui se dressent au travers de notre route soient balayés ; de là à les voir mourir pour une simple pensée, il y a un pas que même l’envieux Thibault hésite à franchir. Il est hanté par ce fardeau. Comment – quand on sait qu’il peut se produire – minimiser le mal que l’on veut aux autres ? Et surtout, comment en tirer profit ? Puisqu’en fin de compte, c’est pour cela qu’il a passé ce marché.

            Être lié à Satan n’est pas de tout repos. Thibault le découvre à ses dépens, précédé qu’il est désormais par sa mauvaise réputation. Il est le Meneur de loups, l’homme aux cheveux rouges, attestant de sa compromission. Est-il heureux ? Est-il enfin satisfait de son sort ? Le jeu en valait-il la chandelle ?

            Alexandre Dumas nous entraîne dans un roman palpitant où toutes ces questions existentielles sont posées. Ses dons de conteur ne se démentent pas et, même s’il est peu connu comme auteur de récits fantastiques, il domine le genre avec maestria. Il nous conduit dans une chasse au loup qui est aussi une chasse à l’homme, une chasse à l’âme.

Alexandre Dumas, Le Meneur de loups (1857), édition Bibebook

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