Quand l’ambition prend le pouvoir

indexMinute rédigée par Frédérique Doucet

En 1888, Hector Malot écrivait Conscience, sorte de roman policier qui s’attache à l’étude des rouages de l’âme humaine.

Le personnage : Victor Saniel, jeune médecin ambitieux, féru de recherche.

La situation : par faiblesse, spéculant sur son avenir prometteur, le jeune homme s’est laissé aller à s’installer comme un prince. Il est désormais acculé à la ruine et au déshonneur, poursuivi par ses créanciers.

Les solutions : en premier lieu, et malgré la honte qu’il ressent, recourir à un ami. Peine perdue. Il lui faut donc aller demander un prêt à un homme d’affaires douteux, mi-prêteur, mi- avoué, Caffié, dont la réputation sulfureuse n’a d’égal que l’habileté à manipuler ceux qui le consultent. Peine perdue aussi. Le marché qu’il lui propose pour le sortir d’affaire, un mariage avantageux, ne lui convient pas. En effet, Saniel a une liaison secrète avec Philis, une jeune fille pauvre et intègre.

L’idée : elle mûrit en même temps qu’il la formule : supprimer ce vieil escroc. En vérité, ce serait plutôt un service rendu à la société.

Le présupposé pour réaliser le crime : « les gens intelligents n’ont pas de remords […] attendu que chez eux le raisonnement précède le fait et ne le suit pas : […] avant d’agir ils pèsent le pour et le contre. […] Si cet examen préalable leur prouve […] qu’ils peuvent agir, ils seront à jamais tranquilles, assurés de n’être pas exposés aux remords qui ne sont que les reproches de la conscience ». Car, pour Victor, ce qu’il appelle la conscience est « un mauvais instrument de pesage puisque chacun pour la faire fonctionner se sert d’un poids qu’il fabrique lui-même ». Fort de cette réflexion, le médecin prémédite et commet tour à tour deux crimes, le second plus odieux encore que le premier car il touche une personne innocente, sur le point de dénoncer sa culpabilité. Comme si cela ne suffisait pas, il laisse accuser un innocent de son forfait : le propre frère de Philis.

Ce roman est tout entier passionnant qui étudie et décortique tous les fonctionnements de la conscience. Comment fonctionne le conscient ? Comment le subconscient vient-il jouer les trouble-fête ? Comment être un criminel mais paraître un homme bien, respecté et admiré de tous et, surtout, vénéré par sa fiancée et la mère de celle-ci ? Comment donner le change quand, en réalité, on n’est rien moins qu’un monstre dévoré d’ambition, rêvant uniquement de reconnaissance ? Comment supporter cet état de fait ?

Même si le nom d’Hector Malot ne réveille plus beaucoup d’échos (à part peut-être son œuvre la plus connue, Sans famille), il faut lire ce roman, toujours d’actualité, qui éclaire le comportement de bien des gens qui, même s’ils ne vont pas jusqu’au crime, ne brillent pas par leur conscience et laissent dans leurs sillages nombre de malheurs et de malheureux.

Hector Malot, Conscience (1888), édition Bibebook.

 

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